Les tenants, aboutissants et impacts du nouveau DPE recalculé

Un arrêté en date du 26 août 2026 a créé un émoi considérable dans le monde de la rénovation énergétique et de l’isolation thermique : en révisant – une nouvelle fois – le facteur de conversion de l’électricité en énergie primaire (le PEF – Primary Energy Factor – dans sa dénomination au niveau européen), le gouvernement a pris une mesure très controversée. Elle améliore en effet, de façon purement arithmétique et du jour au lendemain, la performance énergétique des logements chauffés à l’électricité.


Cette décision a été immédiatement décriée par de très nombreux acteurs majeurs de la transition énergétique, dont le Mur Manteau. Une consultation publique préalable n’avait recueilli que 29 avis favorables, contre 78 opinions défavorables. Pour ses détracteurs, cette mesure est le résultat d’une décision sans fondement objectif et s’appuyant sur un simple artifice de calcul. De surcroît, elle ébranle, voire décrédibilise, une référence devenue essentielle pour valider la performance énergétique : le DPE.


Un calcul par définition arbitraire


Le calcul du PEF se veut le reflet de la déperdition qui affecte l’énergie primaire consommée pour produire l’énergie électrique effectivement consommable par l’utilisateur. Le coefficient de référence est de 1, cette valeur étant fondée sur le postulat que par contraste, pour une énergie primaire de type fossile ou similaire, le rapport entre énergie consommée (sur place) et énergie disponible est de 1:1.


Pour l’énergie électrique produite de façon délocalisée, on considère notamment que les déperditions, par ex. thermiques, que génère le réseau de distribution doivent être prises en considération. Plus le facteur PEF qui en résulte est élevé, plus la conversion sera défavorable pour l’énergie électrique.


Aussi les avis divergent-ils fortement en fonction de la nature des acteurs et de leurs intérêts. EuropeOn, le syndicat européen des installateurs et des électriciens, considère que le PEF de l’électricité devrait être très bas, au lieu « … de l’entraver injustement ». Ce n’est pas étonnant. Cela étant, sur un plan plus général, force est de constater que les valeurs retenues peuvent sembler prises ‘au doigt mouillé’.


Au niveau européen, le facteur de référence retenu par l’Union Européenne est 1,9 selon la directive Efficacité Énergétique (UE) 2023/1791. Les pays membres ont néanmoins une grande latitude pour choisir un coefficient différent. Il est de 1,8 en Allemagne et de 1,74 en Irlande, mais de 2,42 en Italie et de 2,5 en Belgique et au Portugal. Aux Pays-Bas, il n’est que de 1,45.


Dans un telle perspective, ce qui surprend, concernant la France, est la réduction du coefficient par une succession rapide de décisions gouvernementales : de 2,58 jusqu’en 2021, il est passé à 2,3 puis à 1,9 depuis le 1er janvier 2026. Au 1er janvier 2027, il passera à 1,7. Au cumul, le coefficient aura ainsi diminué de 34 % en six ans !


Le résultat ? Compte tenu de l’incidence du PEF sur le DPE des logements chauffés à l’électricité, des centaines de milliers d’entre-eux sont sortis des étiquettes ‘passoires thermiques’ F et G – sans la moindre amélioration de leur performance énergétique et sans diminuer ni les coûts ni l’inconfort pour les occupants en hiver comme en été. En parallèle, les étiquettes énergétiques définies par le DPE se trouvent en partie modifiées sans raison objective. À l’évidence, la crédibilité même des classifications ne peut que pâtir d’une telle démarche.


Décision justifiable ou mascarade ?


En fait, il semble bien que le gel des loyers pour les baux en cours et l’interdiction de la mise en location des logements ‘G’ – des mesures effectives depuis début 2025, et qui doivent s’étendre aux logements ‘F’ début 2028 – n’ont pas eu l’effet escompté. Au lieu d’inciter les bailleurs à faire les travaux d’isolation requis pour sortir du statut de passoires thermiques, ces mesures ont réduit le parc disponible, les travaux requis n’ayant pas été effectués.


Dès lors, il difficile de reprocher à certains de penser que le gouvernement – confronté aux tensions résultantes sur le marché locatif – a déguisé des assouplissements ad hoc en dévaluations successives du facteur PEF, et sous couvert (au moins partiel) d’une incitation à la décarbonation accélérée des bâtiments.


Gagnants et perdants


Le nouveau facteur de 1,7 ne peut que réjouir les bailleurs peu soucieux de gréver leur compte d’exploitation : leurs logements F et G sont requalifiés à coût zéro.


Pour le gouvernement, l’opération améliore, sans aucun impact sur le budget de l’État, le profil énergétique du parc immobilier global.


En revanche, pour les locataires concernés – aux revenus souvent modestes – le montant des factures d’électricité ne diminuera en rien, pas davantage que l’inconfort de logements mal isolés, étouffants en été et difficiles et/ou coûteux à chauffer en hiver.


Pour la filière de l’isolation thermique, en parallèle, l’évolution du coefficient a un fort impact négatif sur l’activité des fabricants et des entreprises de pose : la contraction du marché de la rénovation des passoires thermiques va affecter des centaines de milliers de logements. Selon le gouvernement lui-même, pas moins de 850 000 logements étaient déjà sorties du statut de passoire thermique début 2026. Pas moins de 300 000 autres les rejoindront en janvier 2027. La situation est particulièrement absurde, puisque l’isolation thermique devrait rester sans conteste le geste prioritaire de la transition énergétique du parc immobilier français : l’énergie la moins chère et la plus durable restera toujours celle qui n’a pas été consommée. Sans compter que toute mesure qui ne réduit pas les coûts pour les usagers (et cela inclut l’accent mis sur les pompes à chaleur) restera sans effet sur la précarité énergétique qui affecte, de façon disproportionnée, les ménages les plus vulnérables.


À cela s’ajoutent des risques de dérive – comme un regain imprévu de popularité pour les convecteurs au détriment des pompes à chaleur. Or les plus anciens parmi nous se souviendront sans doute des ‘grille-pains’ des années 1980. Vantés par EDF, ils avaient colonisé les appartements, en conjuguant coût d’acquisition minime, confort tout aussi minime, type ‘bouffées de chaleur’ – et coûts de fonctionnement qui avaient tout d’une mauvaise surprise…

TÉLÉCHARGER LE TEXTE INTÉGRAL DE L’ARRÊTÉ DU 26 AOÜT 2026 TÉLÉCHARGER LE TEXTE INTÉGRAL DE LA DIRECTIVE (EU)2023/1971