Projet SNBC N°3 : les acteurs de la rénovation énergétique s’émeuvent et s’interrogent

En page 149 du document de synthèse élaboré par le gouvernement pour présenter son Projet de Stratégie nationale bas-carbone n°3, le titre et les orientations du chapitre consacré au bâtiment sont prometteuses : « Rénover le parc de bâtiment (sic) pour réduire les émissions, améliorer le confort des occupants et réduire les factures énergétiques ».

 

Les mesures concrètes, en revanche, le sont moins – à commencer par une baisse de presque 65 % des objectifs annuels de rénovation d’ampleur. Au lieu de 700 000, on vise désormais 250 000 ! Personne n’ignore, pourtant, que pour réduire vraiment la précarité énergétique et éliminer les passoires thermiques, la rénovation d’ampleur est incontournable. Elle est seule à assurer les gains requis en matière de performance énergétique.

 

Parmi les explications avancées pour justifier ce recentrage massif, la pénurie de main d’œuvre suscite une certaine perplexité. La FFB, en particulier, dénonce une analyse très contestable, en soulignant que le véritable frein pour les entreprises est à chercher du côté des dispositifs d’aide et des primes incitatives. Leur géométrie variable – et particulièrement celle de MaPrimeRénov’ – a tout pour décourager les entreprises prêtes à étoffer leurs structures. Sans stabilité, sans cohérence et sans visibilité à moyen terme – sachant que les aides, ou leur absence, affectent directement la dynamique de la rénovation énergétique – les risques pour les PME et les TPE du secteur deviennent disproportionnés.

 

Par ailleurs, le nouveau projet fait de la PAC le levier décisif de la décarbonation dans l’habitat. Sur le plan de la stricte logique, dans un pays qui mise depuis plus d’un demi-siècle sur l’énergie nucléaire et hydroélectrique, c’est un raisonnement défendable au niveau macroéconomique et stratégique : une réincarnation contemporaine du ‘tout-électrique’ dont on nous vantait les mérites dans les années 1970. Sur le plan de la pertinence fonctionnelle, c’est une priorité inepte. Dans la pratique, on installera des PAC fortement surdimensionnées pour pallier les déperditions énergétiques de bâtiments qui resteront non isolés, et donc sujets à l‘inconfort d’hiver des ‘murs froids’ comme à la surchauffe estivale inévitable dans un logement dépourvu d’isolation thermique.

 

Enfin, le Projet SNBC N°3, suscite l’émoi sur le plan social. Il fait notamment peu de cas de la précarité énergétique des ménages les plus modestes, en ignorant une réalité fondamentale : seule la diminution de la consommation d’énergie assure – dans tous les cas de figure – une diminution des dépenses énergétiques. Or sans isolation thermique de l‘enveloppe du bâtiment, une baisse de la consommation est illusoire. Le résultat ? Des ménages modestes qui participeront certes à la décarbonation, mais sans réduction significative des charges financières liées au chauffage de leur logement : l’expérience prouve que la passage d‘une énergie de type fossile ou biomasse à un chauffage par PAC ne génère souvent qu’une réduction très marginale des coûts.


Autant dire que pour les plus modestes d’entre-nous, cette itération n°3 de la SNBC, n’apportera pas, a priori, d’amélioration significative. Ils continueront, confrontés à des dépenses qui excèdent leur budget, de vivre dans la précarité et l’inconfort.