Un automne agité pour la rénovation énergétique
En ce début octobre, l’agitation n’est pas seulement dans les rues de nombreuses villes françaises. Elle affecte aussi, de façon moins spectaculaire mais tout aussi profonde, la filière de la rénovation énergétique. MaPrimeRénov’ s’était déjà distinguée, depuis un certain temps, par une géométrie variable qui a crée des incertitudes majeures dans l’artisanat du bâtiment, des inquiétudes mêlées à la perplexité chez les acteurs industriels et institutionnels de la filière, et une désorientation des particuliers peu propice à la prise de décision. Depuis la rentrée, de nouveaux développements sont venus compliquer encore la situation.
Fortes tensions sur la marché locatif
Le phénomène n’est pas limité à la France ; il est encore plus aigu dans certains pays étrangers, notamment l’Espagne et l’Allemagne. Mais la situation affecte les résolutions gouvernementales qui sous-tendaient la transition énergétique et la suppression de plusieurs millions de passoires thermiques. Les interdictions de mise en location des logement classés G (en application) et F (en 2028) n’ont pas systématiquement eu l’effet escompté. Plutôt que de pallier la situation en effectuant la mise à niveau énergétique suggérée, il apparaît qu’un nombre significatif de bailleurs retirent leurs biens du marché locatif. Cela aggrave encore la crise. Il était donc tentant, comme évoqué le mois dernier, de procéder à la sortie ‘mécanique – décidée par le gouvernement – de près de 300 000 logements chauffés à l’électricité du statut de passoires thermiques. Le passage arbitraire du coefficient de conversion électrique de 1,9 à 1,7 produira exactement ce résultat au 1er janvier 2027.
Coupes budgétaires
Le Projet de Loi de Finance 2027 prévoit des coupes budgétaires diverses pour rééquilibrer les finances de l’État, à un moment où la dette publique cumulée se monte à près de 3600 milliards d’euros, soit environ 120 % du produit intérieur brut de la France et plus de 50 000 euros par français. L’Anah, qui gère MaPrimeRénov’, n’est pas épargnée, avec une dotation amputée de 200 millions d’euros, sur un budget global de 1,4 milliard d‘euros pour 2027 – déjà très en retrait par rapport aux 4,4 milliards de 2026, dont 3,6 milliards attribués directement à MaPrimRénov’ ! Le soutien – et la motivation – des ménages déterminés à engager des travaux de rénovation énergétique s’en trouveront nécessairement affectés.
Réorientation des priorités de la transition énergétique
Avec son plan d’électrification ‘Électrifions la France’, présenté il y a tout juste 6 mois, le gouvernement promeut de plus en plus ouvertement le passage à la pompe à chaleur – comme une forme de panacée. Il n’est pas certain que les consommateurs, pour leur part, soient véritablement électrifiés par cette priorité – et tout porte à croire qu’ils auraient tort de l’être, en tout cas dans le domaine de l’habitat.
L‘objectif fixé à l’horizon 2030 est d’atteindre 1 million de pompes à chaleur. Sur les plans macroéconomique et géopolitique, la démarche se comprend, dans un pays très pauvre en énergies fossiles, relativement riche en énergie hydroélectrique et qui a joué à fond la carte du nucléaire. La France ‘électrifiée’ économisera tout d’abord sur les importations d’énergies fossiles, au bénéfice de la balance commerciale du pays. Et ensuite, dans un contexte international particulièrement volatile, elle sera moins dépendante de fournisseurs étrangers et des causes multiples qui peuvent affecter l’approvisionnement et les prix de l’énergie. De plus, cette approche contribue indubitablement aux objectifs de décarbonation de l’habitat.
Pour les particuliers, en revanche, la pertinence économique de la démarche est peu claire, et risque même d’être quasi inexistante. D’une part, de nombreux retours d’expérience semblent prouver qu’une pompe à chaleur n’est pas sensiblement moins chère à l’usage qu’un système de chauffage utilisant une énergie fossile. Le résultat ? Les ménages ne feront aucune économie, et pour les plus modestes, la précarité énergétique restera un problème sans solution.
En outre, dans sa version air/eau, la plus susceptible de remplacer une chaudière conventionnelle, la pompe à chaleur ne résout aucunement le problème du confort d’été. Quant à sa version air/air réversible, si elle assure aussi la climatisation, on voit mal comment la mettre en place dans une variété de contextes, et notamment dans les secteurs ABF des centres urbains.
Mais surtout, l’arbitrage du gouvernement se fait au détriment de l’isolation thermique – et donc au détriment du budget des ménages, puisqu’il est peu vraisemblable que l’électrification fasse baisser les coûts à charge – là où une isolation thermique bien menée, en diminuant durablement et fortement la consommation d’énergie, aurait réduit concrètement les dépenses courantes des usagers.
On pourrait ajouter que la fabrication des pompes à chaleur, en particulier de type air/air, s’effectue majoritairement en Chine, alors que les travaux d’isolation emploient une main d’œuvre locale non délocalisable.
La mise en place d’une pompe à chaleur coûte certes une fraction de celle d’une isolation thermique de qualité. Mais cette dernière est seule à avoir un impact positif sur le confort en toute saison, été comme hiver. La logique du passage à la pompe à chaleur, si elle s’effectue aux dépens d’une isolation préalable, est pour le moins douteuse. Il devrait tomber sous le sens que dépenser autrement le même montant pour se chauffer ne remplace pas la véritable économie, celle fondée sur une énergie qui n’a pas eu besoin d’être consommée dans un logement bien isolé.
Les candidats à la présidence se prennent au jeu
À l’occasion du salon BATIMAT, trois candidats ont saisi l’occasion offerte par une invitation à s’exprimer. Au-delà de la crise du logement, largement évoquée, les candidats ont opté pour des points de vue combatifs – et bien entendu polémiques – sur divers autres sujets. MaPrimeRénov’ et les normes en vigueur dans la construction figuraient en bonne place.
Gabriel Attal a défini le logement comme «… l’un des grands plantage du macronisme », une prise de position non dépourvue d’ironie, compte tenu de sa propre implication dans ce ‘macronisme’ déficient. Il suggère d’inscrire les rénovations monogestes, désormais privées de leur éligibilité à MaPrimeRénov’, dans une « logique planifiée » – une initiative assez elliptique à ce stade.
Jean-Luc Mélenchon a préconisé pour sa part une large planification écologique à composante coercitive, les aides étant liées au respect du plan « … sinon, vous n’aurez rien ». Les mauvais esprits discerneront l’écho lointain du Gosplan soviétique.
Marine Le Pen s’est positionnée pour sa part en pourfendeuse de normes. Elle a prôné une simplification de grande ampleur, qui semble impliquer que tout (ou presque) est à jeter. Suppression de MaPrimeRénov’, remplacée par des prêts à intérêts financés par l’État. Émasculation du DPE, un critère « totalement absurde », mais qui garderait un rôle indicatif. Élimination massive des dispositions réglementaires régissant la performance énergétique et l’impact environnemental, pour libérer les artisans du bâtiment d’un «… maquis de contraintes et de normes », qu’elle considère comme « inutiles et sclérosantes ».
L’automne 2026 n’est pas des plus sereins, mais sur la base des développements en cours, et en fonction du résultat des élections, l’année 2027 nous réserve assurément quelques péripéties supplémentaires…